P. Dehon: Visite au Canada 1910

Mgr Joseph Laurent Philippe (1877-1956)

Deuxième supérieur général des Prêtres du Sacré-Coeur (1926-1935) Quatrième évêque de Luxembourg (1935-1956)

Extrait : La Congrégation des Prêtres du Sacré-Coeur : Son origine et son développement

A l’occasion du 75e anniversaire de sa naissance

(31 juillet 1877 – 31 juillet 1952)

De 1952 à 1955, notre revue « Heimat und Mission » a publié une série d’articles pour le 75e anniversaire de la naissance de notre Congréga-tion. Cette histoire des débuts de notre Congrégation con-tient beau-coup de documents intéressants et de souvenirs personnels de Mgr Phi-lippe, qui fut notre deuxième Supérieur général, après avoir été l’as-sistant du Père Dehon et avant de devenir le quatrième évêque de Luxembourg. (Inter Fratres, 3-5-2017)

Le congrès eucharistique de Montréal offrit au Père Dehon une bonne occasion d’accomplir cette visite. Mais ce qui le décida le plus à entreprendre ce voyage, ce fut une nouvelle fondation réalisée au Canada, en avril 1910. L’archevêque qui éprouvait de grandes difficultés à accueillir des Prêtres du Sacré-Coeur dans son diocèse n’hésita pourtant pas à les recommander à un autre évêque. Le choix se porta sur Mgr Grandin, évêque de Edmonton-Al-berta, membre de la Congrégation des Oblats de Marie. Mgr Grandin était un évêque d’un grand zèle apostolique et d’une grande piété. Il est d’ailleurs mort en odeur de sainteté. Son procès en béatification a de-puis lors été introduit. Il voulait donner des prêtres et des pasteurs à son jeune diocèse qui aujourd’hui est devenu archidiocèse.

L’ouest du Canada était alors en plein développement grâce à la construction du chemin de fer continental, le Canadian Pacific Railway qui a gardé jusqu’à nos jours le nom de « Grand Trône » que le peuple lui avait donné.

La ville d’Edmonton, florissante et ouverte vers les lignes polaires nordiques, est devenue un carrefour ferroviaire important. Mgr Grandin confia aux Prêtres du Sacré-Coeur le nouveau quartier Elm-Park de sa ville épiscopale, là où devaient être érigés les ateliers du nouveau che-min de fer. En même temps les religieux devaient s’occuper de la pas-torale des ouvriers le long de la nouvelle ligne ferroviaire. Peu à peu se développèrent de nouvelles colonies et les Pères se chargèrent de la pastorale jusqu’aux limites du diocèse. Je voudrais m’agenouiller et prier dans chaque église construite par les Prêtres du Sacré-Coeur, de Elm-Park jusqu’à Chauvin.

La station la plus importante était Wain-right, où se trouvaient les réserves de charbon et les dépôts des locomotives. Une petite église en bois et une maisonnette pour le prêtre constituaient un point de rassemblement pour les catholiques. Le dimanche, les Pères se déplaçaient à partir de Wainright vers les nouvelles colonies en suivant la ligne du chemin de fer.

Ils attendirent avec impatience l’arrivée de leur « Très Bon Père ». Ils avaient réservé des chambres à l’hôtel pour lui et pour son accompagnateur. Nous connaissons Mgr Tiberghien depuis Rome. Ce qui le caractérisait d’emblée, c’était sa générosité exemplaire ; il ne lésinait pas avec son importante fortune et menait une espèce de vie communautaire dans un palais du Corso Vittorio Emmanuele, près de l’église du Gesù. Deux prélats, originaires comme lui de la région de Lille, Mgr Glorieux et Mgr Vanneufville, désignés communément comme étant « la Presse française » vivaient avec lui. Ces prêtres vaillants étaient les correspondants romains pour la France de journaux catholiques importants : Mgr Glorieux pour l’« Univers » fondé par Louis Veuillot et Mgr Vanneufville pour « La Croix » où il signait ses contributions de son pseudonyme : « Sienne ». Dans ce cercle d’amis, le Père Dehon se sentait comme chez lui, et il y fut souvent invité avec le Père Dessons. Mgr Tiberghien était un hôte accueillant. Lui et ses amis ne manquaient d’ailleurs ja-mais de participer à nos fêtes. C’était une joie de se trouver en leur compagnie. On comprend comment, dans ce cadre, se sont ébauchés les premiers projets, visant à effectuer un véritable tour du monde.

L’étonnement des Pères, teinté de joie radieuse, fut grand lorsqu’ils accueillirent leur supérieur et son accompagnateur prestigieux à la gare pour les conduire à l’hôtel. En fait, le Père Dehon y laissa son accom-pagnateur tout seul, lui-même voulant demeurer pendant son séjour chez les Pères dans une misérable baraque en bois. C’était le religieux parfait et, en même temps, le supérieur. La localité de Wainright possédait un grand parc naturel pour la sauvegarde des animaux sauvages. Un mirador y faisait découvrir un immense panorama au coeur des Montagnes rocheuses. Le Père Dehon l’a sûrement gravi pour y scruter l’horizon. Vingt ans plus tard, je me suis moi-même trouvé au même endroit. Lorsque j’ai vu au loin s’avancer un yack avec ses congénères, j’ai préféré me retirer. Mon accompagnateur, le Père Gaborit, fondateur de la mission au Canada, eut en 1910 la joie d’accueillir le Supérieur Général à Wainright. Il raconta plus tard les détails de cette visite. Mgr Tiberghien ne voulut pas être battu en matière de courage. Ce que son ami avait donné à voir à travers le sacrifice d’une pauvreté choisie, il a voulu le faire en distribuant ses richesses. Il s’informa auprès des Pères pour savoir de quelle manière il pourrait leur faire un cadeau ou leur rendre un service. On se mit d’accord sur le choix de deux chevaux afin de faciliter les déplacements missionnaires. Ce n’est pas le lieu ici de décrire plus longuement le développement de la mission au Canada. Cela sera fait ultérieurement.

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